Tribune

Pour nos dents, la France paie la réparation, jamais la révision

Tribune co-signée par Philippe Veran et Benjamin Cohen : le brossage reste massivement négligé, non par manque d'information mais par défaut d'observance.

Publié le 4 min de lecture
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Nos dents ne sont pas une affaire de confort : leur état pèse directement sur notre santé générale. Or le geste qui les protège — le brossage — reste massivement négligé. Non par manque d'information, mais par défaut d'observance : cette capacité à mettre vraiment en pratique, dans la durée, ce que l'on sait déjà. La solution n'est pas de culpabiliser davantage, mais de réinventer le rituel lui-même.

Longtemps, on a traité la bouche comme un territoire à part, séparé du reste du corps. C'est faux. La santé bucco-dentaire est une porte d'entrée vers la santé générale : les maladies parodontales sont associées à un risque accru de maladies cardiovasculaires, entretiennent un lien à double sens avec le diabète — chacune aggravant l'autre — et sont reliées à des complications de la grossesse, comme l'accouchement prématuré. Une bouche mal entretenue, ce n'est pas seulement une carie de plus : c'est un facteur de risque pour l'organisme tout entier.

Et cela a un prix — que nous payons tous. Les maladies parodontales touchent déjà 19,4 millions de Français, soit plus d'un adulte sur trois. Leur principal déclencheur, c'est la plaque dentaire — que seul un brossage régulier et efficace élimine. Elles coûtent à elles seules près de 807 millions d'euros par an à l'Assurance maladie, via les pathologies qu'elles aggravent : diabète, maladies cardiovasculaires, maladies rénales (étude Asterès pour l'Association dentaire française, 2023). Une facture en grande partie évitable. Or notre système fait l'inverse de ce que dicterait le bon sens : il finance à prix d'or la réparation — couronnes, implants, prothèses — mais quasiment jamais le geste quotidien qui l'aurait rendue inutile. Pour nos dents, nous payons la réparation, jamais la révision. Comble du paradoxe : la brosse à dents elle-même n'a, au regard de la réglementation, aucun statut sanitaire. Ni médicament, ni dispositif médical — un simple produit de consommation courante, pas davantage considéré comme un objet de santé qu'un rouleau de papier toilette.

Et pourtant, le remède tient en presque rien. Le premier rempart est d'une simplicité désarmante — se brosser les dents deux minutes, deux fois par jour — et nous le connaissons tous par cœur. Mais près d'un Français sur deux de 18 à 34 ans a déjà passé plus de 48 heures sans se brosser les dents (enquête OpinionWay, 2023), et quand nous nous brossons les dents, nous y consacrons en moyenne une cinquantaine de secondes : moins de la moitié du temps recommandé. Nous n'avons pas un problème d'information, mais d'observance : nous savons, mais nous ne le faisons pas.

Pourquoi un tel écart ? Parce que répéter une consigne ne change pas un comportement. Les sciences du comportement l'ont montré dans tous les champs de la santé, du tabac à l'activité physique : on ne fait pas bouger les habitudes à coups d'injonctions ni de culpabilité, mais en réduisant la friction — en rendant le bon geste plus simple que le mauvais. La norme elle-même a d'ailleurs déjà plié devant la réalité : on a longtemps recommandé trois minutes, trois fois par jour, avant de ramener la recommandation, en France, à deux minutes matin et soir en 2013 — notamment parce que la version longue n'était presque jamais respectée. Et pourtant, même réduit à deux minutes, l'effort reste fastidieux et largement bâclé.

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Reste une question dérangeante. En une génération, presque tout ce que nous utilisons au quotidien s'est métamorphosé : le téléphone, la voiture, jusqu'à l'intelligence artificielle. Un seul objet, ou presque, a échappé à cette révolution — celui que nous portons pourtant à la bouche matin et soir. La brosse à dents électrique a été inventée en 1954 ; soixante-dix ans plus tard, l'appareil a gagné en puissance, mais le rituel, lui, n'a pas bougé : toujours deux minutes, zone par zone, avec la même contrainte. Comme si le brossage était un geste trop banal pour mériter qu'on le repense. Ce conservatisme a un coût : il a laissé des millions de personnes seules face à une tâche ingrate.

La bonne nouvelle, c'est que cette friction, on peut la faire baisser — non pas en exigeant davantage, mais en repensant l'usage lui-même. Et si le rituel qui nous prend deux minutes, zone par zone, tenait demain en quelques secondes, toutes les dents à la fois ? Si la corvée devenait un geste si simple, si rapide, qu'il n'y aurait plus aucune raison de le sauter ? C'est cette conviction qui nous rassemble, chez Y-Brush (marque du groupe Biotech Dental) : non pas ajouter un produit de plus, mais faire naître un nouveau rituel de santé, pour que « bien se brosser les dents » cesse d'être une discipline réservée aux plus assidus. Une innovation brevetée, conçue et fabriquée en France — celle d'un laboratoire qui équipe déjà les chirurgiens-dentistes du monde entier.

Mais l'innovation ne suffira pas seule. Car ce rituel ne se construit pas au cabinet : il se joue chaque jour, à la maison. Le chirurgien-dentiste voit son patient une à deux fois par an ; les 363 autres jours lui échappent. Tout l'enjeu est de reconnecter les deux — de faire du cabinet le point de départ de ce nouveau rituel quotidien : prendre trente secondes pour montrer le bon geste, recommander l'outil adapté, transformer une visite de contrôle en véritable rendez-vous d'éducation à la santé.

C'est le sens de notre démarche aux côtés des praticiens : leur donner les outils — pédagogiques, scientifiques, concrets — pour faire de la prévention orale un réflexe partagé, du fauteuil jusqu'à la salle de bains. Il est temps de changer de méthode. Cessons de répéter à nos concitoyens qu'ils se brossent mal les dents ; aidons-les, tout simplement, à bien se les brosser. La santé de millions de sourires — et, plus largement, la santé tout court — commence là.

Philippe Veran, fondateur et PDG du groupe Biotech Dental
Benjamin Cohen, VP Consumers & Patients, Biotech Dental

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